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Un brin d'histoire

DE LA FRAGILE SURVIVANCE… À UN PROJET D’INDÉPENDANCE !

Texte de:  Denys Chardonneau
Pour la revue La Laurentie No. 21
 
1952 : Une heureuse naissance régionale
 
Le dimanche 11 décembre 1949, des citoyens de différentes paroisses des Laurentides se réunissent dans  une salle du collège Sacré-Cœur de Sainte-Agathe-des-Monts.  Pierre-André Lambert, président de la section de Mont-Rolland les a convoqués pour fonder la Société Saint-Jean-Baptiste des Laurentides.
 
Le regroupement visait à assurer aux membres, en plus des services patriotiques, des avantages sociaux et économiques.  Lors de cette rencontre, les délégués élisent l’exécutif suivant : Pierre-André Lambert, président, Jean-Paul Bélisle de Sainte-Agathe vice-président, Jean-Paul Langlois également de Sainte-Agathe secrétaire et Charles Meilleur de Saint-Jovite, trésorier.
 
Deux ans plus tard, les membres adoptent une résolution pour doter la S.S.J.B. des Laurentides d’un statut légal.  L’union des canadiens-français, l’amour du pays et le développement de services d’entraide dans les domaines économique, culturel et social font partie des objectifs de la demande d’incorporation.
 
A Mont-Laurier, en 1950, la section locale a comme premiers dirigeants : François Dufresne, propriétaire de Léo Laurin automobile, Louis Hébert, maître de poste et Huguette Lamarche, fille du premier chef de gare de Mont-Laurier;  Gaston Dumoulin, comptable agréé est nommé vérificateur.  Il le demeurera jusqu’en 1996.
 
Le 1er avril 1952, la S.S.J.B. reçoit enfin son incorporation officielle.  Les actions du nouvel organisme sont encore centrées davantage dans la partie sud du territoire.  Initialement, sa juridiction recoupe les comtés de Gatineau, Labelle, Terrebonne, Argenteuil, Deux-Montagnes, Joliette, l’Assomption et Montcalm.  Le premier secrétariat permanent est installé au Lac-Carré en 1953.  À l’occasion de la première assemblée générale annuelle, Pierre Gosselin de Lac-Carré est élu président, Madame Lucien Labossière également de Lac-Carré est la première femme élue à l’exécutif et au conseil d’administration.
 
Lors de la tenue de la 2e assemblée générale annuelle, le président mentionne que la scission faite dans les rangs de la société par la formation du diocèse de Saint-Jérôme a enlevé d’un coup une partie considérable des effectifs.  Si la société est désorganisée pendant quelques mois, le nouvel exécutif relève le défi de lui redonner une place de choix sur l’échiquier régional.  On organise une campagne de recrutement qui connaît beaucoup de succès.  Aux sections locales de la première heure, Sainte-Agathe, Lac-Carré, Mont-Laurier, Messines, Ferme-Neuve, Saint-Jovite s’ajoutent Saint-Donat, Labelle, Val-Barrette, Kiamika, Val-David et Lac-du-Cerf.  L’ensemble des autres municipalités s’y joindront au fil du temps.  Par ailleurs, ce mouvement entraîne un certain déplacement vers le nord des activités de la société.
 
‘’Des 981 membres répartis en 12 sections que nous étions au 30 septembre 1953, le grain de sénevé a poussé et est devenu un arbre fort et robuste comptant, au 30 septembre 1954, 2231 membres.  C’est donc dire une augmentation de 1350 nouveaux membres’’ - Pierre Gosselin
 
Le 13 décembre 1954, la S.S.J.B. des Laurentides tient sa première assemblée générale à Mont-Laurier.  Parmi les délégués de la région, on retrouve Jean Gadbois, Jean-Marie Blais, Henri Dionne et Lionel Grenier de Mont-Laurier, Auguste Désormeaux et Pierre Martel de Lac-du-Cerf, Bernard Saint-Jean et Charles-Alfred Bock de Val-Barrette.
 
Pour assurer une meilleure cohésion des efforts, la société entreprend, à partir de 1955, la publication, pour quelques années, de ‘L’Élan’, un journal mensuel interne distribué à chacun des membres.
 
En 1958, suite à une résolution votée par les membres réunis en assemblée générale, le siège social déménage à Mont-Laurier.  Ce déplacement au cœur du diocèse (Val-David à Gracefield), même s’il s’avère logique génère une crise interne qui se traduit par une perte de membres dans le sud du territoire.  Cette saignée est rapidement compensée par un recrutement intensif dans la partie nord. 
 
Le premier siège social est installé dans l’ancien édifice du député fédéral Maurice Lalonde, rue de la Madone où se trouve aujourd’hui l’édifice Félix-Leclerc et la Coopérative funéraire Brunet.
 
La S.S.J.B. des Laurentides : avant tout un lieu de référence pour ses membres
 
En plus de représenter un instrument de sensibilisation et de formation de ses membres, la société se veut avant tout un lieu d’appartenance et de référence, un endroit de rencontre, d’entraide et de soutien de citoyens partageant un même idéal, une même volonté farouche de survivance et de défense résolue du patrimoine national.  Par ses nombreux colloques, ses diverses campagnes et ses fréquentes prises de position, la société se présente alors, essentiellement comme le chien de garde de valeurs traditionnelles : la religion, la langue et l’histoire.  Elle souligne, par divers prix, le mérite artistique et littéraire régional et commandite les défilés annuels du 24 juin sur l’ensemble de son territoire.
 
Elle s’engage dès le départ dans diverses activités financières en faveur de ses adhérents : prêt d’honneur (page…), service d’entraide-mortuaire (page…).  Elle réalise et publie de nombreux mémoires et dossiers sur des sujets nationaux, linguistiques et constitutionnels.
 
Une symbiose naturelle dans l’air du temps : la présence constante et l’étroite collaboration du clergé
 
Comme dans tous les aspects de la vie quotidienne de l’époque, l’omniprésence de l’église se manifeste au sein même de la société et accompagne toutes les interventions.  Elle se manifeste notamment par l’assistance constante d’un aumônier aux réunions régulières et par de multiples directives ou sollicitations de l’évêque diocésain.
 
Cette imbrication jugée naturelle à l’époque, mais quelque peu curieuse, voire déplacée aux yeux d’un observateur d’aujourd’hui incite, par exemple, le conseil d’administration à étudier, à la demande de Mgr. Ouellette, la possibilité de fonder des comités de moralité dans quelques paroisses du diocèse.  Pour illustrer cette inquiétude typique de l’époque, il suffit de rappeler qu’à Labelle, en 1960, le conseil municipal appose des affiches indiquant qu’il est interdit, par règlement, de porter des costumes de bain (maillots), des shorts et tout autre costume indécent sur la rue et sur les plages publiques.  Le conseil d’administration ne donna pas de suite à cette demande épiscopale.
 
‘’La nationalisation de l’électricité, le transfert du siège social à Mont-Laurier et la création de l’Élan ont été des événements importants.  Nous avons créé des sections dans toutes les paroisses (page…).  La Société, en plus d’organiser les fêtes de la Saint-Jean, s’occupait à l’automne, des campagnes du prêt d’honneur, au printemps, des concours de langue et de la Fraternité française qui aidait les municipalités hors-Québec’’- Guy Lefebvre, directeur à la permanence.
 
Au cours de cette première décennie et au début de la suivante, la S.S.J.B. assuma également le secrétariat, la coordination régionale et le fonctionnement de l’Ordre de Jacques Cartier (‘’La Patente’’) (p…), organisation secrète mise sur piedafin d’influencer les politiques mises sur pied dans le sens des intérêts des canadiens-français.
 
 Une révolution pas toujours tranquille
 
Cette deuxième décennie s’ouvre avec une société solidement implantée sur le territoire et particulièrement représentative des intérêts des populations locales.  Même si le problème du recrutement demeure toujours une priorité, la plus grande stabilité de l’organisme l’amène à œuvrer avec plus d’ardeur à ses divers mandats de défense de ses membres, tant au plan politique, culturel et social qu’économique.
 
Les transformations sociales majeures découlant de la ‘’révolution tranquille’’ forcent la Société à un profond questionnement de sa démarche et à affirmer, avec plus de clarté et d’intensité, ses constats et les revendications logiques qui en découlent.
 
Par un mouvement d’influence réciproque, on peut affirmer que par sa défense courageuse de notre identité nationale et de nos différences, la Société a contribué à l’émergence des changements sociaux que représente la révolution tranquille.  Ayant appuyé la nationalisation de l’électricité (Hydro-Québec), la Société réclame alors l’intégration des installations privées de Mont-Laurier et de Ferme-Neuve.  Ce sera fait en 1967.
 
Au cours de cette décennie, la Société accorde non seulement son appui à la création d’un poste de radio à Mont-Laurier, mais suscite également la formation d’un service de presse dans les municipalités desservies pour alimenter, avec diligence et régularité, en nouvelles locales et régionales.  Elle sent alors le besoin d’assurer une information adéquate à l’ensemble de la population de son territoire.  Ne dit-on pas … un citoyen informé est libre de ses choix!
 
Le 15 juillet 1960, la Société Saint-Jean-Baptiste avait obtenu de nouvelles lettres patentes sous le nom de S.S.J.B. du diocèse de Mont-Laurier. 
 
Le 16 septembre 1962 fut inauguré un édifice qui abritera jusqu’en 1989 le secrétariat situé au 725 rue Vaudreuil, en face de la gare.  L’architecte André Simon en a dessiné les plans et devis et la construction fut confiée aux Entreprises Duquette de Mont-Laurier.  On assiste également à la fondation d’un Comité féminin et à la naissance des Associations Parents-Maîtres (A.P.M.).  Au mois de mai, Madame Cécile Reid-Brisebois, présidente du comité diocésain des A.P.M. participe au congrès diocésain des éducateurs qui se tient à St-Jovite. 
 
Le gouvernement installe la maison du Québec à Paris, geste qui est salué par toutes les S.S.J.B. du Québec.  Cette même année, plus de 250 personnes participent à l’assemblée générale annuelle.  Parmi les vœux adoptés au congrès, on en retrouve un concernant la vente des ‘boissons enivrantes, le dimanche, à la Régie des alcools’, tandis qu’un autre préconise l’uniformisation des salaires des instituteurs et institutrices et un dernier, la censure des films à la télévision.
 
Au cours des années soixante, la réforme scolaire est au centre de l’actualité.  Perçue comme un outil indispensable de changement social et de promotion nationale, l’éducation devient une affaire d’état.  Le gouvernement met sur pied la Commission d’enquête Parent sur l’enseignement.  De 1961 à 1963, les commissaires reçurent 300 mémoires et les premières recommandations déposées en 1963 proposent la création du ministère de l’éducation et du Conseil supérieur de l’éducation.  Une des priorités du nouveau ministère qui rejoint celles de la S.S.J.B. est d’assurer à tous les jeunes, l’accès à l’école secondaire.  La réforme de l’éducation sera au cœur d’un bouleversement socioculturel majeur et allait devenir, pour un certain temps, l’enjeu principal d’un débat douloureux entre l’état et l’église.
 
‘’Après une longue bataille, le gouvernement Lesage imposait finalement son projet de loi 60 créant le Ministère de l’éducation.  Les évêques avaient cédé non sans obtenir que le système d’éducation québécois demeurât confessionnel… et le demeurera jusqu’en 2000.  Une grève éclate à la BelleriveVeneerPlywood à Mont-Laurier.  Cet arrêt de travail bouleverse la vie de toute la population du nord du diocèse et affecte l’économie régionale.  La Société s’implique dans une lutte ouvrière (fait nouveau) en organisant, pour les grévistes, des cours sur l’assainissement des dépenses familiales.  Elle adresse un télégramme au ministre du travail lui demandant de hâter le début des négociations (p…)
 
‘’Notre marche vers l’avenir et la libération économique et politique en dérangeront probablement plusieurs.  Mais notre Société nationale est la seule qui reçoit, dans ses rangs, tous les canadiens-français, riches ou pauvres, jeunes ou vieux, professionnnels ou ouvriers.  Elle doit continuer à sensibiliser les nôtres à tous les problèmes qui les concernent.  Les millions de canadiens-français d’aujourd’hui sont peut-être moins en sécurité que les 60 000 qui ont survécu à la conquête’’ - Benoît Chabot, Fédération des S.S.J.B. du Québec.
 
L’intégration des femmes dans la structure de la Société amène de nouveaux questionnements.  Alors que la décennie précédente s’est terminée avec la fondation, en 1962, d’un comité spécifiquement féminin, le congrès de 1963 tenu à Maniwaki permet à Rose Burelle-Crépeau de souligner certaines réalisations du comité : concours de langue parlée, collaboration à la rédaction de ‘’l’Élan’’, campagne de promotion de la chansonnette française, etc.  Parmi les activités à venir, elles veulent organiser un concours d’étiquettes de produits québécois.  Toutefois, on sent désormais la volonté d’une plus grande représentation des femmes au sein de l’ensemble des activités de la Société.
 
‘’Un congrès de la S.S.J.B. ne serait pas complet si on n’y entendait pas la voix de l’élément féminin au cours des délibérations.  Je voudrais simplement souligner le fait que nous avons discuté, à plusieurs reprises, au cours de l’année, du bien-fondé du comité féminin.  Il n’est pas question, évidemment, d’éliminer les dames de l’organisation de la S.S.J.B..  Les malins diraient que la Société signerait sa condamnation à mort!  Au contraire, les dames se sont demandé si elles ne seraient pas plus utiles en participant à toute la vie et à toutes les activités de notre Société nationale plutôt que de se réfugier dans un comité exclusivement féminin.  Même si la direction de la S.S.J.B. laisse à ce comité toutes les libertés d’action, les dames ont l’impression de n’être membres qu’à moitié’’ (Madeleine Robidoux de l’Annonciation).
 
Au cours de l’assemblée générale de 1965, on décide de dissoudre le comité féminin diocésain et de rayer, dans les règlements, tous les articles le concernant.  Les femmes jugent plus opportun d’œuvrer en étroite collaboration avec les hommes au sein des mêmes comités.
 
‘’C’est à un tel changement de mentalité qu’il faut attribuer l’adoption, en 1964, de la Loi 16 qui vise à réconcilier le statut juridique des femmes avec la réalité qu’elles vivent depuis longtemps déjà ;  ainsi, le Code civil persistait à nier à la femme mariée plusieurs droits reconnus à l’homme et à faire d’elles, à toutes fins utiles, des mineures ou des irresponsables, perpétuellement et entièrement soumises à l’autorité de leurs maris’’ (Linteau-Durocher, Robert,  Picard).
 
La S.S.J.B. forme un comité de critique afin d’améliorer son journal de liaison ‘L’Élan’.
 
‘’La Société autorise un article sur le séparatisme. Elle ne peut rejeter ce mouvement parce qu’il est canadien-français, mais ne peut non plus l’appuyer parce que c’est un mouvement politique’’ (Extrait de procès-verbal).
 
Au congrès de 1966, on décide de cesser la publication de ‘L’Élan’.  Les difficultés financières ont eu raison de ce bulletin de liaison que les dirigeants qualifiaient de  ‘vitamines nécessaires à l’épanouissement de la société nationale’. 
 
En 1968, la S.S.J.B. accorde son appui au Front commun du Québec français qui s’oppose à l’adoption du projet de loi 63 qui accorde le libre choix aux parents quant à la langue d’enseignement.  Des manifestations secouent le Québec.  Le 4 novembre 1969, le Bill 63 est adopté, malgré l’opposition populaire.  Les groupes favorables à cette loi représentent les milieux financiers économiques et industriels de l’establishment anglo-saxon ainsi que les deux partis politiques officiels, l’Union Nationale au pouvoir et le Parti libéral du Québec.  Les groupes opposés représentent l’ensemble de la population francophone.  La position de notre Société est claire : ‘’Le français est la langue officielle du Québec’’, elle doit devenir la langue de l’administration publique, du travail, des affaires, de l’enseignement et des tribunaux.
 
Durant cette décennie, des recruteurs sont à l’œuvre dans chaque paroisse et offrent le service d’entraide-mortuaire à la population.  À Mont-Laurier, Liguori Lefebvre, barbier de son métier a pour ainsi dire ouvert une succursale de la S.S.J.B. dans son salon de coiffure (p…).  ‘’Il ne perd jamais une occasion de parler de la S.S.J.B. et rares sont les journées au cours desquelles il n’en parle pas.  Sur les 1 400 membres de la section locale, il en a recruté la moitié.  Il a aussi fait du porte-à-porte pour faire connaître les œuvres de notre Société nationale’’ (Fernand Simard).
 
Au congrès de 1969, Yvon Charbonneau de Mont-Laurier, futur président de la Centrale de l’enseignement du Québec (C.E.Q.) en 1970, propose que la S.S.J.B. se prononce en faveur du désarmement nucléaire.  Il est également décidé ‘’de ne prendre aucune part à la manifestation ‘Opération Saint-Jean-Baptiste’ qui doit avoir lieu à La Macaza le 24 juin suivant’’ (extrait de procès-verbal).
 
Autour de 1970, un important réalignement des forces politiques se traduit principalement par la disparition de l’Union nationale, la naissance et la montée du Parti Québécois.  L’assemblée générale de cette même année traite du Québec français.  Dans son discours, le président Gaétan Ste-Marie parle du tournant décisif de la Société et rappelle que quatorze régions sur dix-sept ont voté pour la souveraineté à travers le Québec.
 
‘’Le groupe progressiste du mouvement qui avait patienté pendant de longues années ne pouvait plus supporter le statu quo et l’époque de l’humble soumission pour plaire à tous et ne choquer personne.  Le groupe progressiste avait compris depuis longtemps qu’il n’y a de plein épanouissement que dans la souveraineté’’ – Gaétan Ste-Marie.
 
‘’Bien avant la Loi 101, la Loi 63 a provoqué des protestations partout au Québec.  Dans la région, fut organisée une manifestation sur la route 117 qui aboutit à un ‘sit-in’ devant les bureaux du député Fernand Lafontaine.  Une assemblée publique eut lieu au théâtre Laurier, plein à craquer, au cours de laquelle Philippe Hallé, entre autres, y alla d’un discours bien senti.  Je me trouvais pris entre deux feux.  En tant que président de la S.S.J.B., j’encourageais les manifestations, mais comme directeur des étudiants, j’étais obligé de les décourager à y participer’’ - Gaétan Ste-Marie.
 
Le mouton canadien-français se change tranquillement en loup
 
Trois événements ont marqué cette décennie et influencé l’avenir du Québec : l’élection du Parti Québécois, le référendum de 1980 et l’adoption de la Charte de la langue française (Loi 101) qui a été un moment déterminant de notre histoire contemporaine.
 
Au sortir de la révolution tranquille, les québécois ne pouvaient que revendiquer la plénitude des pouvoirs politiques.  Au congrès national de 1972, Jacques-Yvan Morin, président des Sociétés nationales du Québec entretient les militantes et militants d’indépendance.  On est à l’heure des choix.
 
Au début de cette décennie, la Société prend résolument le parti des travailleurs et des entreprises.  Les industries florissantes ne sont pas légion sur le territoire et les problèmes de la Sogefor font couler beaucoup d’encre et de salive (p…).
 
‘’Au congrès de 1972, une résolution mandate le directeur général afin de mettre en place les bases d’un organisme de développement économique.  En novembre, seize municipalités se regroupent pour former l’Association touristique des municipalités de la région de Mont-Laurier.  En 1974, le mandat est élargi pour englober les services municipaux et la culture. L’Association change de nom pour celui de  Conférence des municipalités de la région de Mont-Laurier.  Le 26 mars 1975, treize des seize municipalités appuient financièrement la mise en place d’une Commission économique.  Le 1er juillet, c’est le début officiel des opérations de la Commission.  Laurier Lanthier est engagé comme premier commissaire industriel’’- historique de la Corporation, Laurier Lanthier.
 
En 1973, en atelier, on discute de forêt, de tourisme, de la S.S.J.B. et de politique, de son implication sociale, culturelle, économique (p…).  Les membres veulent rajeunir l’image de leur Société et rejoindre une clientèle plus vaste et plus jeune.  Lors de l’assemblée générale de 1975, les délégués adoptent à l’unanimité, le changement de nom de la S.S.J.B. du diocèse de Mont-Laurier en ‘Société nationale des Québécois des Hautes-Rivières (S.N.Q.H.R.).  Il s’agit d’un moment important et les dirigeants préparent plusieurs activités pour le souligner, dont un dossier sur l’histoire et les objectifs à court et à moyen terme de la Société.
 
Suite à la démission de Gaétan Ste-Marie, Jean-Paul Poulin de Mont-Laurier accède à la présidence.  On retrouve également au conseil d’administration, en provenance de la région de Mont-Laurier, Marie-Paule Quevillon, Laurier Alarie et Jean-Luc Dumoulin.
 
La campagne électorale de 1976 se met en branle… un vent de changement en profondeur se lève dans l’opinion publique québécoise.  Un souffle de liberté après toutes ces années de débats et de réflexion sur notre situation et notre avenir collectif.  La S.N.Q. appuie publiquement certaines idées du Parti Québécois et profite de l’occasion pour mettre de l’avant les options qu’elle défend.
 
Le 15 novembre 1976, pour la première fois, un parti prônant la souveraineté accède au pouvoir, ce qui provoque un choc à l’intérieur comme à l’extérieur du Québec.  Jacques Léonard devient le représentant du comté de Labelle.  Le nouveau Premier ministre du Québec, René Levesque lui confie le Ministère d’état à l’aménagement.
 
‘’La souveraineté du Québec a trouvé un terreau fertile chez certains membres de la S.S.J.B.   Plusieurs ont adhéré à cette idée sous la pression du R.I.N ou du P.Q.  Dans les années 70, il était clair que la souveraineté se ferait par un parti politique.  Socialement, la S.N.Q. a appuyé plusieurs initiatives et collaboré à de nombreux débats. Le prêt d’honneur fait partie du bouillonnement qui a suivi la révolution tranquille.  Cet engagement a permis à bon nombre d’étudiants de poursuivre leurs études universitaires et inspiré le système de Prêts et bourses du gouvernement québécois’’ - Jacques Léonard.
 
Après un long débat en commission parlementaire, le 25 août 1977, la Charte de la langue française (Loi 101) est officiellement adoptée, assurant enfin, de façon claire, la primauté du français dans tous les secteurs, y compris l’intégration des immigrants, les milieux de travail et l’affichage.  En guise de reconnaissance pour les dizaines d’années de lutte consacrées par les Sociétés nationales à la promotion et à la défense de notre langue nationale, des représentantes et représentants ont été invités par le gouvernement québécois à être présents dans les tribunes réservées au public, lors de cet événement historique.  Notre Société était représentée par son directeur général et ce, au nom des centaines de militantes et de militants qui, dès la naissance de notre organisation et sans relâche, au cours des années, ont défendu avec acharnement la langue française qui constitue la base même de notre différence culturelle en Amérique.
 
Le référendum sur l’avenir constitutionnel du Québec, un important rendez-vous
 
Ayant, lors de l’assemblée générale de 1974 adopté à l’unanimité une résolution appuyant le projet de souveraineté du Québec comme seul moyen d’arriver à un épanouissement complet, la Société s’engage résolument derrière l’option du OUI lors du référendum du 20 mai 1980.
 
La Société croit fermement que la souveraineté est un moyen et le référendum une étape dans la recherche d’identité naturelle propre au Québec.  Cette recherche étant un droit et même un devoir collectif.  La Société souhaite jouer deux rôles : celui d’animateur régional de réflexion et d’information et celui de groupe de pression souverainiste.
 
Le thème de l’assemblée générale, en 1979 : ‘’Prends ton pays en main’’.  Le 16 avril 1980, lors de son assemblée annuelle, le conférencier-invité, Gaston Miron parle du pays à venir.  Le 5 mai, la S.N.Q. réitère publiquement sa position référendaire et invite la population à voter OUI.  Le 20 mai 1980, c’est la fin d’une décennie et le ralentissement de la marche historique du Québec.
 
‘’Lors de la consultation où plus de 85% des québécois expriment leur choix : l’option péquiste recueille 40,4% de OUI contre 59,6% de NON.  Si les anglophones et les allophones votent massivement contre le projet de souveraineté-association, les francophones se divisent en deux blocs presque égaux, avec une très mince majorité en faveur du NON’’ – extrait de procès-verbal.
 
L’échec référendaire a laissé des cicatrices mais la S.N.Q. reprend le flambeau et travaille à rebâtir l’espoir collectif d’un pays québécois.
 
En mai 1992, le président Richard Gagnon souligne le 40e anniversaire devant plus de 250 personnes réunies au sous-sol de l’église du Cœur Immaculé à Mont-Laurier.  Il déclare alors ‘’cette incorporation légale nous a permis d’élargir le champ d’action de la S.N.Q. dans les domaines social, économique, politique et de l’éducation.  S’il est une priorité pour notre Société nationale, c’est la tenue d’un prochain référendum sur la souveraineté’’.
 
L’économie et l’aide aux travailleurs occupent encore une place importante dans les nombreuses activités de la Société.  Manifestation contre la gestion de la forêt régionale par le gouvernement québécois, comité de relance pour la réouverture de l’usine Norbord-Sogefor de Lac-des-Iles, relance de la Laiterie Bélanger (p…) etc. sont des dossiers dans lesquels la Société s’implique humainement et financièrement.
 
La Société définit sa politique environnementale : ‘’que la Société favorise la transformation, dans la région, des matières premières ainsi récupérées afin de créer des emplois.  Dans son sens familier, l’écologie signifie la défense du milieu naturel et la protection de l’environnement.  La S.N.Q. des Hautes-Rivières doit se doter d’une politique basée sur la science écologique tout en déterminant les activités qu’elle devra déployer pour protéger nos zones urbaines, rurales, fauniques, forestières et halieutiques’’.
 
1991 : La S.N.Q. adhère officiellement au Comité du NON, lors de la campagne référendaire sur les propositions contenues dans l’entente fédérale-provinciale de Charlottetown.  L’entente est rejetée par une majorité qui la considère trop généreuse envers le Québec.  Le NON l’emporte dans cinq provinces de même qu’au Québec mais pour des raisons opposées : au Québec, la population juge l’entente comme loin de satisfaire ses attentes.
 
En 1995, dans le cadre de la campagne pré-référendaire, la Société appuie le projet commun de souveraineté élaboré par le Bloc Québécois, le Parti Québécois et l’Association démocratique du Québec.  La S.N.Q. participe alors activement à la campagne référendaire pour la souveraineté du Québec en mobilisant les syndicats, groupes populaires, étudiants, associations, etc.  ‘’Nos efforts furent couronnés de succès puisque la majorité des OUI l’emporta facilement sur les NON.  64,4% des citoyens des M.R.C. des Laurentides et d’Antoine-Labelle votèrent en faveur de la souveraineté du Québec.  Dans la M.R.C. de la Vallée-de-la-Gatineau, les appuis au OUI atteignirent 42,2% et quatre municipalités donnèrent une majorité à la souveraineté’’ – extrait de procès-verbal.
 
Le scrutin se déroule le 30 octobre 1995.  Le taux de participation est de 93,25%, ce qui est un record au Québec.  Avec 2 308 360 votes pour le OUI et 2 362 648 pour le NON, une différence de seulement 54 288 voix, le projet de souveraineté est rejeté.  61% des francophones ont alors voté pour le OUI.
 
‘’Pour la question fondamentale qu’on voulait régler, l’émancipation politique du Québec, ça reste encore à faire, mais j’ai l’impression que ça n’est plus qu’une question de temps;  un jour ou l’autre, ça va se faire’’ – René Levesque.
 
La S.S.J.B. des Laurentides, devenue S.S.J.B. du diocèse de Mont-Laurier, puis S.N.Q. des Hautes-Rivières poursuit encore l’œuvre de Ludger-Duvernay qui a légué au peuple québécois un patron, une fête et un mouvement national.  La Société continue son travail pour que le peuple québécois possède enfin son pays et s’assure de la maîtrise de ses décisions collectives.